lundi 7 mars 2011

Chapitre 46, Harmonie - Chapitre 47.1, Stellya



Chapitre 46
Harmonie


Quand elle reprit enfin ses esprits, elle se trouvait allongée sur une paillasse couverte d’épaisses couvertures moelleuses. La pièce semblait exiguë et n’était éclairée que par une petite lampe à huile suspendue au plafond bas.
Regardez !
Elle est réveillée !
Elle bouge !
Les voix ne ressemblaient pas à celles qu’elle avait l’habitude d’entendre. Inquiète, elle resta étendue et se retrouva bientôt entourée de doux visages interrogateurs.
Stupéfaite, elle se redressa. Il s’agissait de femmes ! Une dizaines de femmes discutant vivement entre elles ! Harmonie recula jusqu’à se retrouver assise le dos contre le mur couvert de peaux. Elles étaient toutes vêtues de braies typiquement masculines. Il ne pouvait s'agir que d'un rêve, ou bien elle délirait ! Harmonie posa ses doigts sur la joue de la plus proche fille qui éclata de rire. Elle prit entre les siennes la main de Harmonie et la serra.
Tu es sauvée. Ce soir Locos te libérera du sortilège et tu pourras choisir un nom.
J’en ai déjà un, répondit-elle. Je m’appelle Harmonie. Où se trouvent les hommes qui m’accompagnaient ?
Toutes les femmes s’immobilisèrent un instant puis la jeune fille sembla se reprendre et jubila :
Tu parles déjà ! Mais c’est merveilleux ! Comment cela se peut-il ?
Parmi les hommes qui m’accompagnaient, l’un deux a rejeté le Rebelle et m’a permis de m’exprimer. Il est mon compagnon, ajouta-t-elle en rougissant.
Quelle chance tu as eue ! Je ne suis ici que depuis un cycle mais lorsque le vieux Locos m’a libérée j’ai pleuré une journée entière tant je me sentais heureuse ! Cela doit être encore plus merveilleux quand c’est un homme de là-bas qui t’autorise à parler...
Rymneth ! laisse-là un peu ! lança une femme arrivée depuis peu. Je crois qu’elle a eu sa dose de surprises pour aujourd’hui.
Oui Iona, s’excusa la jeune fille blonde.
Celle qui venait d’intervenir paraissait être la supérieure. Elle portait ses cheveux roux et bouclés en cascade le long de son dos dénudé. Bien que petite, sa façon de se tenir lui donnait un air respectable et Harmonie ne parvint pas à soutenir son regard glacial plus de quelques souffles.
Faisant virevolter sa jupette, elle se pencha sur Harmonie.
Tu devrais te reposer. La cérémonie de ce soir risque de beaucoup te fatiguer.
Je... je ne pense pas parvenir à me rendormir avec ce que je viens d’apprendre aujourd’hui, bégaya-t-elle. Je n’aurais jamais cru qu’il puisse exister des femmes libres dans ce pays !
La guerrière rousse grimaça.
Sache que nul n’est jamais libre Harmonie, la liberté n’est qu’une illusion dont seuls les Dieux peuvent se vanter de jouir.
Harmonie baissa la tête en signe d’acceptation et, le regard fixé sur le sol, se permit une dernière question :
Les hommes qui m’accompagnaient, vous n’allez pas leur faire du mal ?
Ne t’inquiète pas pour eux, la rassura Iona, tu auras bientôt l’occasion de les revoir.
Tranquillisée, Harmonie laissa ses muscles se détendre et observa plutôt ses nouvelles amies.
Merci, murmura-t-elle.


Chapitre 47
Stellya


Le temple disparaissait déjà derrière un rideau de végétation et le petit bois où elle venait de passer un cycle entier laissait peu à peu place à la sèche plaine. Elle se retourna une dernière fois et n’aperçut plus que le sommet d’une statue blanche. Encore une fois, elle allait quitter sa maison et affronter un monde inconnu.
Je suis avec toi maintenant.
Stellya se pencha sur la selle de cuir et entoura l’encolure de la jument de ses longs bras. L’armure qu’elle portait grinçait légèrement à chacun de ses mouvements.
Stellya ! Tu te laisses encore avoir par ce bruit psychique ! râla Athyphia.
Pourquoi partir ? demanda-t-elle, ignorant la remarque de la dylfane.
Toute la magie contenue dans le monde l'effrayait un peu et ce bruit si anodin et familier apportait un peu une normalité rassurante.
Je te l’ai déjà expliqué ma chérie, ni ton destin ni le mien n’accepterait que nous passions notre vie entière dans ce temple. Nous devons rejoindre l'Autre.
Stellya secoua la tête et reprit en main les rênes noires.
Pourquoi avoir insisté pour que je te passe ce filet sans mors ?
Réfléchis un peu, si tu me montais sans enrênement, tout le monde se demanderait comment tu fais !
Surtout que je ne sais même pas monter convenablement.
Tu as tout le temps pour apprendre ça, le voyage risque de durer un peu...
Soudain inquiète, Stellya se redressa sur la selle, le sourcil gauche froncé.
J’ai peur d’avoir oublié quelque chose.
Ne t’inquiète pas, tout ira très bien, l'apaisa la dylfane.


***


Le Prince Solénon disparaissait au loin, parant les steppes de mille nuances orangées. Stellya effectua un dernier effort pour descendre de la selle. Elle avait les jambes terriblement raides, les épaules courbaturées, le dos en miettes et les fesses complètement moulues...
Elle ôta rapidement son armure et se laissa tomber dos à terre et bras en croix.
Je n’en peux plus, murmura-t-elle. Je n’arriverai jamais à remonter demain matin.
Athyphia posa son nez dans son cou. C’était vraiment drôle de la voir sous cette forme ! La jeune femme se redressa avec difficultés.
Il va bien falloir que nous mangions un peu...
Excellente idée. Je suis sûre que tu n’auras aucun mal à me dénicher un bel oiseau bien gras ! s'exclama-t-elle en faisant vibrer ses lèvres dans un souffle de joie.
Ah non ! Il ne manquerait plus que ça ! Une jument carnivore ! Et pourquoi pas une vache cannibale le temps que tu y es ! Tu as choisi de faire la maligne en te métamorphosant en cheval ! Alors maintenant, à toi d’en assumer les conséquences !
Athyphia recula d’un pas et, les yeux remplis d’étonnement, regarda Stellya s’éloigner arc à la main. Il ne restait plus qu'à brouter alors ? Quelle idée ! Elle soupira et goûta quelques pousses vertes du bout des dents. Finalement, ce n’était pas si mauvais. Plutôt agréable sur la langue même. L'herbe broyée par ses molaires puissantes contenait un jus à la fois sucré et acidulé. Étonnant !


Stellya ne marcha pas très longtemps avant de tomber sur une première proie. Il ne s’agissait pas d’un oiseau mais d’un jeune gretin chétif bien que suffisamment copieux pour une personne seule. Athyphia adorait leur chair ! Elle n’allait sûrement pas être très contente en découvrant cet animal...
Stellya encocha une flèche et tira. Comme elle n’avait pas envie de rentrer si vite au campement, elle s’assit à côté du lapin écailleux et serra les jambes contre sa poitrine. Tout allait si vite. Elle souhaitait tellement une vie tranquille et insouciante. L'amour d'Athyphia lui suffisait aujourd'hui... Autrefois, elle avait cru pouvoir profiter sereinement de son temps mais c'était chaque fois peine perdue. D'abord, sa marche sans but accompagnée du rapace s'était achevée par une mort. Puis elle avait partagé le quotidien des félins mais Felty avait été tué à son tour... Et maintenant, alors qu'elle pensait vivre à jamais en paix auprès d’Athyphia, elles devaient quitter leur refuge secret. Quel besoin avait-elle de retourner habiter parmi les hommes ? Certes elle aimait l'action et les combats l'excitaient, mais cela valait-il la peine de risquer la vie de sa dylfane ?
Stellya décida finalement de se lever et rejoignit lentement le bivouac. Son corps courbaturé avait grand besoin de repos pour résister au trajet du lendemain.
Arrivée près d’Athyphia, elle alluma hâtivement un petit feu et plaça une large partie du gretin à rôtir au-dessus des flammes tandis que les quelques restes fumeraient dans les cendres. Ceci fait, elle se retourna vers la dylfane métamorphosée et s’occupa enfin de lui ôter bride et selle. Elle se pencha ensuite pour couper une poignée d'herbes sèches qu’elle enroula pour étriller la robe de la haute jument noire.
Si tu savais combien je t’aime, murmura-t-elle en enfouissant son visage dans la longue crinière argentée.


***


Les plates steppes désertes laissèrent peu à peu place à de douces collines vertes. Athyphia assumait désormais pleinement son rôle de monture végétarienne et, de son côté, Stellya faisait d’immenses progrès en équitation. Elle montait avec une plus grande aisance, appréciant peu à peu les moments où Athyphia partait au galop entre les herbes hautes. Le paysage autour d’elles défilait alors à une vitesse vertigineuse. Frappant le sol de ses sabots d'argent, la dylfane avalait les longueurs en un souffle, leur donnant à chaque fois une intense sensation de liberté. Stellya se souvenait qu'autrefois, emprisonnée entre quatre murs, c’était ainsi qu’elle s’imaginait la véritable vie... Que de chemin parcouru depuis cette époque pourtant peu lointaine !
Le ciel s’était couvert de gros nuages lourds ce soir-là et un orage menaçait d’éclater.
Nous devons trouver un abri.
Derrière la colline, nous serons au moins protégées du vent, expliqua Athyphia en prenant le petit galop.
S’il pleut, mon armure sera encore trempée et l’odeur est affreuse dans ce cas. Nous n’aurions jamais dû la prendre.
Si tu comptes t’engager en tant que mercenaire, la panoplie du guerrier risque de te servir... railla Athyphia.
N’empêche, c’est très désagréable à porter.
Oui, mais sans, tu râles parce que tu te sens nue, il faudrait savoir.
Bon ! Je ne dis plus rien puisque c’est comme ça !
La jument noire repassa au pas en haut du petit tertre et Stellya réprima un cri de surprise. En contrebas, adossée à un second monticule verdoyant, se dressait une minuscule maison de pierre au toit de chaume. Trois hauts peupliers secoués par le vent battaient de leurs branches le pignon de la chaumière. Sur le perron étroit, se tenait un homme.

6 commentaires:

  1. Un épisode plus serein, enfin, il me semble...
    Mais, qui est cet homme ?
    J'aime toujours énormément la relation entre Stellya et Atyphia, tendresse, humour, confiance...

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  2. Moi aussi je me demande qui est cet homme et quel va être son rôle dans l'histoire de Stellya. J'espère qu'Atyphia survivra aux nouvelles aventures de Stellya (l'évocation de la mort de Felty et de l'oiseau laisse quelques craintes).
    Anne

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  3. Oui, c'est plus serein... Avec les questions habituelles de fin de chapitre : que va-t-il se passer !!
    Je comprends que Stellya soit angoissée à l'idée de prendre encore quelqu'un - et comme dit Anne, l'évocation de ses amis morts n'est pas faite pour rassurer... Mais tu décris merveilleusement bien ses états d'âme...
    Vite, la suite !!
    Bises, bonne journée !

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  4. Aïe, tout semblait calme et voilà une silhouette inquiétante. J'aime les aspirations soudaines de Stellya au calme et à une vie planplan !!! comme si c'était son genre !! mais qu'elle en ait envie parfois se comprend, car sa vie est bien agitée

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  5. Je viens te faire un petit coucou amical, j'ai perdu le fil de ta fiction car je suis très souvent absente de ton blog. Mea culpa. En fait je n'aime ps trop lire des longs textes sur l'ordi...Va falloir que je demande à ta correctrice de m'envoyer tes textes... meuh non! je vais prendre une journée et je vais repartir à zéro. Quand je pourrai... J'espère que tout va de nouveau mieux pour toi! Voilà c'était un petit mot en toute amitié... Bisous de tout coeur et ne pas oublier. Pour bien aller CARPE DIEM! VivideCateri

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  6. Merci Vivi pour ce coucou !
    Je te comprends, je suis comme toi : j'ai beaucoup de mal à me concentrer sur un écran pour lire un long texte.
    Bises !
    Astheval.

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