mardi 12 juillet 2011

Chapitre 51.2, Stellya



***


Le Solénon caressait doucement sa peau dénudée. Elle soupira d’aise en enfonçant un peu plus sa tête dans l’épais tapis d’herbe fraîche exhalant les senteurs du temps fleuri. Elle percevait au loin le cri perçant d’un oiseau de passage :
Sooooooldats ! Deeebooooouuuuut ! ! !
Elle se redressa en sursaut avant de se laisser retomber sur son oreiller. La lumière entrait à peine par la petite fenêtre. Le Solénon ne devait pas encore avoir fait son apparition à l’horizon. Elle n'avait pas suffisamment dormi mais se leva quand même. Le sol de pierre était gelé sous ses pieds nus. Elle s’empressa d’enlever sa robe et d’enfiler tunique et braies afin de pouvoir passer ses bottes. Elle s’était habituée à leur contact et appréciait maintenant de les porter.
Son voisin de gauche grognait encore dans son lit, la couverture tirée sur les yeux. Un soldat brun arriva sur la pointe des pieds. Il était encore en caleçon de nuit et portait dans ses bras une bassine d’eau. Il fit signe à Stellya de ne pas bouger et déversa le contenu de la cuvette sur le pauvre endormi. Ce dernier se leva d’un bond en grognant tandis que le plaisantin restait écroulé de rire au pied du lit.
C’est malin Kerlin !
Il avait l’air si ahuri que Stellya ne put s’empêcher de s'esclaffer à son tour.
Ah ! Parce que toi aussi ça te fait marrer ?
C’est parce que mes blagues sont les meilleures, réussit à articuler le farceur entre deux hoquets.
Il frotta ses yeux bleus, s’avança et ébouriffa au passage les cheveux de paille du jeune homme.
Shampooing, shampooing, fit-il, puis il se tourna vers Stellya avec un grand sourire révélant une rangée de dents blanches. Que dirais-tu de déjeuner avec nous ?
Étonnée par cette requête, Stellya ne répondit pas tout de suite. Le jeune homme répéta sa question et elle s’empressa de répondre par l'affirmative. Athyphia lui avait conseillé de se faire des amis...
Je m’appelle Kerlin, dit-il en levant les deux mains, doigts écartées.
Je suis Stellya répondit-elle en posant ses paumes contre les siennes suivant le geste rituel.
Enchanté. Lui, c’est Cock, fit-il en désignant le jeune homme qui étalait sa couverture trempée. Bon on y va ? demanda-t-il finalement, tandis que Cock frictionnait ses cheveux.
Ce dernier grogna mais en définitive, il enfila ses chaussures et les suivit à l’extérieur du baraquement.
Un grand nombre de personnes se dirigeait vers l'imposant bâtiment abritant les cuisines. Une agréable odeur de pain frais s’en échappait. Stellya se lécha les lèvres. Elle allait enfin manger autre chose que de la viande froide et des baies sauvages pour le petit déjeuner !
Dans la salle, elle repéra vite Brandaron qui lui faisait de grands signes et alla à sa rencontre, suivie de près par Cock et Kerlin.
Eh bien ! fit le jeune soldat. Bon sommeil ?
Parfait Bran. Heu..., je te présente Cock et Kerlin, dit-elle en montrant les deux hommes l’accompagnant.
Salut les gars. Venez vous asseoir, fit-il en tapotant le banc à côté de lui.
Stellya y prit aussitôt place et tendit la main vers une petite miche de pain encore tiède. Une femme arriva bientôt et déposa un bol métallique devant elle.
Lait, infusion ?
Du lait ! Ses yeux s'arrondirent de surprise et de plaisir. Elle n’avait pas eu souvent l’occasion d’en boire et elle remercia les Dieux de l’avoir menée ici. Ceci lui fit penser à Athyphia. Elle chercha à contacter son esprit mais la dylfane dormait encore profondément en rêvant d’un bon bain chaud dans leur lac souterrain.
Brandaron lui demanda comment s’était passée la soirée au baraquement. Elle lui raconta l’épisode du crapaud et surtout la réaction des hommes devant sa nudité. Il éclata de rire.
Eh bien ! Tu m’étonnes qu’ils aient été surpris !
On aurait dit qu’ils n’avaient jamais vu une femme nue ! ajouta-t-elle incrédule.
C’est peut-être le cas pour certains mais tu sais Stellya, tu es vraiment une très belle femme. Ce n’est pas étonnant que tes compagnons de chambrée aient du mal à s’en remettre... Les chanceux ! glissa-t-il en riant.
Stellya haussa les épaules sans relever le compliment.
Stellya ?
Tu es réveillée ma chérie !
Ouaip, fit-elle en réprimant un bâillement.
Bien dormi ?
Parfait ! Et toi ? Les hommes ne ronflent pas trop fort ?
J’étais si fatiguée que je n’ai rien entendu, tu sais.
Je te laisse, le picotin arrive !
Bon appétit !
Stellya ? fit une voix insistante.
Oh, pardon, j’étais ailleurs ! Tu disais ?
Je te demandais à quelle activité tu étais assignée pour le matin, répéta Bran.
Je suis de chasse.
Brandaron hocha la tête en enfournant une énorme bouchée de pain. Puis il se tourna vers Kerlin.
D’où venez-vous ?
Cock s’est engagé il y a déjà trois cycles, il faisait partie des premiers volontaires non militaires de métier. Il vient d’Aemon. Il avait été fait prisonnier par les troupes de Quatz mais il est parvenu à s’échapper, dit-il avec beaucoup de fierté. Il s’est aussitôt joint à l’armée du véritable Seigneur de ce pays. Quant à moi, je fais partie des troupes de Trilian ramenées par le seigneur Zephyr. C’est pourquoi j’ai ce petit accent marrant comme le rappelle si bien Cock, fit-il en accentuant le roulement de ses “r”.
Stellya sourit davantage en voyant Cock maugréer un peu. Quel grognon celui là ! Un vrai mussit !
Le petit déjeuner achevé, Stellya alla chercher son arc et une volée de flèches restés à la réserve. Bran était à l’entraînement puisqu’il était de matin, Cock partait lui aussi à la chasse tandis que Kerlin était – comme Brandaron – posté à la frontière.
Elle s’étira. Elle allait passer voir Athyphia avant de partir en forêt...
Attendez soldat !
Stellya s’arrêta et son sergent la rejoignit. Elle se mit au garde à vous.
Vous devez remplir un questionnaire psychologique avant de vaquer à vos occupations soldat. Savez-vous lire et écrire ?
Elle hocha la tête.
Bien, dans ce cas, tenez.
Il lui tendit une feuille et un crayon. Vous pouvez vous installer à ma table.
Elle le remercia et s’assit.
Il s’agit de quelques questions indispensables.
Stellya commença à lire le document. L'écriture d'Ayth était très différente de celle de la magie. Chaque graphie correspondait à un son de la langue parlée. C'était vraiment très logique et très simple à déchiffrer.
Nom” : elle inscrivit Stellya. “Pays d’origine” : que faire ? Elle inscrivit Vimula en espérant que nul ne connaîtrait. La question suivante traitait des biens emmenés au camp. Elle nota sa besace, le nombre de tenues, son épée et son armure, son arc et bien sûr Athyphia. “Origine de l’éventuelle monture”. Elle allait écrire la vérité : “jument de la Grande Plaine”. Les interrogations suivantes concernaient les hypothétiques “expériences professionnelles”. Stellya marqua une participation à plusieurs opérations discrètes contre un gouvernement illégitime. C’était assez authentique en fait... Le dernier item s'intéressait aux motivations personnelles qui l’avaient poussée à s’engager dans cette armée. Elle n’allait quand même pas inscrire qu’il s’agissait d’un pur hasard ! Elle réfléchit un instant mais c’est Athyphia qui lui souffla la réponse.
Indique que, après tes actions contre le régime injuste de ton pays, il t’a semblé normal de te joindre à l’armée du roi légitime d’Ayth.
Pourquoi pas.
Voilà sergent, dit-elle en lui tendant le papier.
Il parcourut ses écrits.
Parfait. Ce test est aussi destiné à déceler les cas d’analphabétisme afin d’y remédier. Il est toujours important pour un soldat de savoir déchiffrer au moins quelques messages simples. Vous êtes gauchère, nota-t-il.
Elle hocha la tête.
Votre Dieu vous aurait-il choisie comme messager ? demanda-t-il avec un profond respect.
Je ne suis pas dédiée à un Dieu en particulier, répondit-elle. J'adore tous ceux qui me semblent justes. Mais je doute qu’ils fassent beaucoup attention à moi.
Vous vous trompez sûrement. Les gauchers sont les messagers des Dieux. Ils vous appelleront bientôt... Je n'ai pas d'autres questions pour aujourd'hui, vous pouvez disposer.
Sur ce, il tourna les talons et sortit du baraquement. Elle haussa les épaules. Felty aussi croyait en ces sornettes mais elle ne pouvait l'admettre. Les Dieux n'avaient que faire d'une simple humaine, fut-elle un peu magicienne...
Elle passa faire une petite caresse à Athyphia puis, après avoir reçu les instructions du garde-chasse, elle s’enfonça entre les arbres. Elle avait repéré qu'un homme la suivait discrètement. Sûrement une mesure de sécurité pour les nouvelles recrues ? Peu inquiète, elle fit semblant de ne rien voir et poursuivit son chemin.


Stellya ramena trois gretins bien dodus et même un qâa qu’elle avait eu dès la seconde flèche.
Suivant les ordres du garde-chasse, elle amenait le fruit de sa quête à la cuisine quand elle croisa Graal qui sortait justement du bâtiment.
Graal ! Tu n’es pas à l’entraînement avec Bran ?
Si, si, j’y vais ! Surtout, tu ne m’as jamais croisé. D’accord ?
Stellya hocha la tête et il s’éloigna vivement. Quelle bêtise avait-il faite ? Elle haussa les épaules et entra dans la grande pièce où une jeune fille d’environ quinze cycles rajustait son bonnet.
Bonjour, lança-t-elle joyeusement. Vous revenez déjà de la chasse ?
Oui, je n’ai tué que trois gretins et un qâa mais si ce n’est pas suffisant, je peux y retourner.
Vous plaisantez j’espère ! Quatre prises ! Et pas n’importe lesquelles en plus ! C’est bien plus que ce que ramènent les autres chasseurs en général ! Vous êtes la nouvelle ? Celle qui est chevalier ?
Je suis arrivée hier, confirma Stellya.
On ne parle que de vous partout. Vous êtes la première femme soldat du camp. C’est très rare dans notre pays. Comme vous le voyez, nous nous occupons surtout de la cuisine ou de la couture... ajouta-t-elle en faisant la moue.
C’était un peu pareil dans mon pays d’origine, confia Stellya. J’ai dû m’enfuir pour être libre.
Vraiment ! Comment était-ce ?
Assez horrible. Nous n’avions ni le droit de parler ni celui de nous déplacer librement.
La jeune fille frissonna l'espace d'un court souffle puis demanda gaiement :
Quel âge avez-vous ?
Rien ne semblait susceptible d'entamer la bonne humeur de la jeune cuisinière ! Stellya réfléchit un instant.
Je dois avoir seize cycles.
Vraiment ! Je vous en donnais au moins dix-neuf ! J’ai moi-même quinze temps fleuris.
Rayea ! appela quelqu’un. On te demande en cuisine.
Excusez-moi, je dois y aller. Posez vos prises sur la table et notez-les ainsi que votre nom et votre section dans ce registre, dit-elle, en désignant un gros volume aux feuilles blanches, avant de s’éloigner.


***


Après avoir déjeuné en compagnie de Brandaron, Graal, Cock et Kerlin, Stellya alla récupérer son épée et elle se rendit avec ceux de sa section au quartier d’entraînement.
Il s’agissait en fait d’une grande arène de terre sèche pouvant aussi bien servir de manège pour monter que de terrain d’exercice aux arts martiaux. Leur sergent hurla de se mettre en ligne. Ils étaient vingt et un soldats de la section de l’Aigle en comptant leur commandant. Bran avait précisé que les Aigles étaient reconnus comme les meilleurs du camp et qu’elle devait considérer cela comme un honneur d’y avoir été introduite par le capitaine. Il avait aussi souligné le fait qu’elle en baverait pour y demeurer. Beaucoup de soldats n’étaient pas restés plus de cinq jours avant d’êtres affectés à une autre section.
Nous allons commencer l’échauffement par quelques fondamentaux. En garde !
Chacun dégaina et se mit en position. Pendant plus d’un demi-chiffre, le sergent leur ordonna de marcher, rompre, se fendre... Stellya était déjà couverte de sueur de la tête aux pieds et le poids de son épée commençait à fatiguer son bras tendu. Elle serra les dents mais résista à la tentation de se laisser tomber au sol.
Bon. Repos.
Tout le monde soupira de soulagement. Stellya balança ses bras afin de décontracter les muscles de ses épaules.
Maintenant, vous me faites cinquante tours de carrière.
Un nouveau soupir, de découragement cette fois, mais chacun rengaina son épée et se mit en marche. Bran avait peut-être raison, elle allait devoir souffrir pour conserver le privilège de faire partie des Aigles ! Athyphia n’était pas particulièrement tendre non plus lors de ses cours à vrai dire et ici, au moins, elle n’était pas la seule à endurer ce traitement. Elle fit un rapide calcul et arriva à la conclusion que cinquante tours de terrain étaient à peu près égaux à deux pilongueurs. Elle avait dû faire bien pire déjà. Elle pensait plus précisément à la nuit où elle avait fui Vimula. Elle ne s’était pour ainsi dire pas arrêtée une seule fois et elle ne possédait pas la même musculature à cette époque puisqu’elle passait ses journées enfermée dans sa cellule. Songer que d’autres femmes subissaient encore le même traitement la révolta. Elle retournerait un jour là-bas pour leur venir en aide... Peut-être passerait-elle aussi par la vallée des félins... Elle aurait tant aimé se baigner à nouveau dans la cascade en compagnie de Felty... Elle se raisonna. Felty était mort et plus personne ne voulait la voir au Clan. Pas même Facach. Elle repensa à leur rencontre, lorsqu’elle avait failli la flécher, puis à son mariage dont elle avait été la Testä. Elle se demandait souvent si l’amitié de Facach était feinte ou si elle l’appréciait vraiment. Après sa réaction lorsque Stellya avait désigné Nebulo, elle n’était plus sûre de rien... Trouverait-elle en ce lieu de Frest Sybar des amis plus sûrs ? Elle secoua la tête pour chasser ces pensées et se concentra sur sa course. Il ne lui restait d’ailleurs plus que deux cercles à parcourir. Elle accéléra un peu et doubla un Kerlin rouge comme une pivoine. Ce dernier lui adressa un petit signe de tête mais conserva son allure.
Les derniers tours achevés, elle se dirigea vers le centre où trois hommes étaient déjà arrêtés. Deux d’entre eux s’étaient assis. Mauvaise initiative, estima Stellya en se gardant bien de les imiter. Elle resta debout, marchant tranquillement pour reprendre son souffle sans laisser ses muscles se refroidir.
Quand tout le monde fut arrivé, le sergent ordonna que l’on aille chercher des bancs. Ordre qui fut encore une fois souligné par un soupir. Stellya se demanda ce qu’il comptait faire avec ces sièges mais elle se dirigea comme les autres vers la salle à manger.
C’est pas possible, grogna une grosse femme pourvue d’un tablier blanc impeccable en leur sautant dessus dès qu’ils entrèrent dans la pièce.
Elle leva sa louche d’un air menaçant.
Et n’allez pas encore m’en casser un avec vos bêtises d’entraînement de fous furieux !
Kerlin éclata de rire.
Ne t’inquiète pas Garna, Je m’occuperai de le réparer en cas de problème...
Tout le monde éclata de rire.
Oh ça ! Jamais mon petit Kerlin ! fit-elle en agitant la louche sous son nez.
Peu après, Stellya lui demanda pourquoi sa remarque avait fait tant rire et Kerlin lui expliqua qu’il avait une fois cassé l’un des bancs et donc qu’il s’était retrouvé avec la corvée de le réparer. Tout s’était bien passé jusqu’au moment où Garna avait essayé de s’y asseoir... Le bois avait alors craqué et la pauvre cuisinière s’était retrouvée les quatre fers en l’air devant tout le camp ou presque.
Stellya s’imagina la scène et ne put s’empêcher de rire.
Mais, dis-moi, comment vous y prenez-vous pour les briser ? Ils m’ont l’air plutôt solides !
Tu ne vas pas tarder à comprendre...
On positionna les bancs au centre de l’arène et cinq personnes se mirent devant chacun d’eux.
Prêt. Marchez ! Pied droit ! cria le sergent.
Aussitôt, les soldats se mirent à monter sur les bancs puis à en redescendre comme s’il s’agissait de marches. Stellya les suivit, incrédule. Ils devaient avoir l’air fin ! Cette épreuve lui semblait complètement inutile ! Après un long moment de ce traitement, elle comprit qu’il n’en était rien. C’était en effet un exercice très difficile à la longue et qui sollicitait nombre de muscles insoupçonnés. A ce moment, le sergent ordonna de changer de pied. Dix mi-chiffres après, il ordonna une pause qui ne dura malheureusement pas plus longtemps que quelques souffles. Ils reprirent ensuite l’exercice en sautant cette fois-ci à pieds joints sur le banc puis de l’autre côté, puis sur le banc... Encore dix mi-chiffres de ce traitement puis ils durent sauter par dessus le banc pendant dix autres longs mi-chiffres. Elle était exténuée à la fin et ce n’était pas encore fini... Après avoir essuyé les nombreuses traces de pas sur l'assise, ils rapportèrent ses biens à la cuisinière puis retournèrent à l'entraînement.
Mettez-vous par deux, nous allons faire des duels. Vous passerez chacun votre tour avec moi et vous procéderez à un roulement. L’un de vous se retrouvera seul à chaque fois. Qu’il en profite car après, ce sera avec moi qu’il se battra, fit-il en faisant rouler les muscles de ses bras.
Ils se mirent en ligne.
Tu commences avec moi Stellya ? demanda Kerlin. De toute façon nous passerons avec tout le monde...
Stellya accepta avec joie. Elle était déjà épuisée par les exercices précédents mais au moins, elle savait plus ou moins à quoi s’attendre pour celui-ci.
En garde ! Allez !
Kerlin avança d’un pas et prit le fer. Chaque combattant avait reçu une épée de bois ce qui permettait des assauts plus réalistes et surtout plus violents ! Stellya ne s’étonnait plus des nombreux bleus repérés sur le corps des soldats lors du bain.
Kerlin lança une attaque composée qu’elle repoussa, pouvant ainsi porter un coup à l’épaule gauche. Le jeune homme grimaça et repoussa la lame de Stellya qui se baissa et balança le plat de son arme sur le côté du genou. Kerlin tomba au sol mais en profita pour relever son épée en direction du ventre de Stellya qui fit un bond en arrière, manquant ainsi le coup qui devait “achever” son adversaire.
Stop !
Stellya baissa son arme et tendit la main droite pour aider Kerlin à se relever.
Tu es très douée ! la félicita-t-il en époussetant sa tunique couverte de poussière.
Tournez soldats !
Stellya se retrouva avec son voisin de lit. Celui qui y avait placé le crapaud, sans doute. Elle l’humilia en le “tuant” à tours de bras. C’était un piètre escrimeur mais il avait paraît-il de très bonnes aptitudes au combat à mains nues.
Les suivants étaient beaucoup plus intéressants à combattre mais beaucoup plus fatigants aussi... Quand elle se retrouva sans adversaire, elle en profita pour marcher longuement en balançant ses bras pour détendre ses épaules.
Tournez !
Stellya s’approcha du sergent.
Bon, on va commencer par quelques exercices simples pour évaluer ton niveau. En garde.
Stellya dégaina et se positionna.
Tu écartes le fer et tu touches avec l’attaque de ton choix.
Vas-y Stellya, mets-y le paquet !
Elle sourit à la remarque d’Athyphia et se lança dans la plus compliquée des attaques composées.
Bien, je vois. Nous allons plutôt faire un petit assaut en cinq touches. Prêt ? Allez !
Il n’était pas sergent pour rien. Stellya eut beaucoup de mal à éviter sa lame. Elle avait pourtant l’habitude des guerriers fantaisistes d’Athyphia...
Justement, tu as été trop habituée à mes façons de combattre, ça va te faire du bien de voir un peu autre chose. Et puis tu sais, cet homme est très impressionné. Il n’avait encore jamais vu quelqu’un se battre de cette façon – et surtout pas une femme ! Normal, c’est moi qui t’ai formée ! précisa-t-elle avec fierté.
« Attention, il compte te toucher aux jambes, pas à la tête !
Athyphia, ne me fais pas tricher !
Il n’est pas question de triche mais d’anticipation ! railla la dylfane.
Stellya réussit finalement à mettre quatre touches dont deux à la tête. Elle n'avait pas remporté le combat, mais de très peu.
Bon, c’est pas trop mal. Tu as une technique déstabilisante en plus d’être gauchère. Où as-tu appris ?
C’est une amie de la Grande Plaine qui m’a initiée à l’art de me battre, répondit-elle en remarquant qu’il l’avait cette fois tutoyée.
Hum... Tu devrais lui demander de venir enseigner ici. Cela pourrait nous être utile pour surprendre l’ennemi.
Je suis désolée mais je doute qu’elle accepte.
Essaye quand même de lui envoyer une missive.
Avec plaisir.
Bon, suivant !
Stellya s’éloigna. Son prochain adversaire était Cock.
Pas trop dur avec le boss ?
Stellya leva les yeux au ciel et feint tomber dans les pommes.
Tant que ça !
Et même pire, confirma Stellya.
Bon, à nous maintenant !
Après cette série d’assauts, le sergent leur demanda de seller leurs chevaux. Ceux qui ne possédaient pas de monture personnelle devant en emprunter une appartenant à l’armée.
Stellya était plus qu’heureuse à l’idée de rejoindre Athyphia et elle se pressa de prendre son harnachement à la réserve.
Arrivée dans le champ, elle entoura l’encolure de la jument de ses deux bras et l’embrassa derrière les oreilles, là où le poil est plus doux que la fourrure d’un lapin.
Comme elle est belle ! s’extasia Kerlin en passant un licol à son coursier. Comment s’appelle-t-elle ?
Athyphia, répondit Stellya en s’étonnant à nouveau.
Ainsi Brandaron n’était pas le seul. Pour tous ici, les animaux avaient le droit à un nom !
Et la tienne ?
Izna. C’est une jument fantastique ! Mon père me l’a offerte spécialement pour mon départ en Ayth. Où as-tu acheté Athyphia ?
Je ne l’ai pas achetée, elle est venue à moi toute seule.
C’était une sauvage ?
En quelque sorte, s'amusa Stellya en montant en selle. En avant ma pupuce !
Comment fais-tu pour la monter sans mors ?
Nous nous comprenons, se contenta de répondre Stellya en souriant.
Plusieurs chevaliers étaient déjà prêts dans la carrière. Elle les rejoignit et se mit à la suite des autres. Vingt chevaux à tourner ici, ça risquait d’être un peu juste.
Vous allez passer au petit trot enlevé, annonça le sergent dès que tout le monde fut en piste. Bien. Tardif joue avec tes rênes, ton cheval n’est pas décontracté ! Sten redresse toi, tes épaules doivent être sur la même verticale que ton bassin et tes talons ! Stellya, recule tes jambes, elles devraient se trouver derrière la sangle et non pas devant ! Cock, soutiens un peu tes mains au lieu de farfouiller dans la crinière et trotte sur le bon diagonal !
Stellya avait beau essayer de reculer ses talons, à chaque mouvement d’Athyphia, ils se retrouvaient trop en avant. Le sergent ne cessait de lui faire remarquer ses nombreux défauts de position et cela la vexait énormément. Elle avait pourtant l'impression d'avoir acquis de bonnes connaissances équestres au fil de son voyage.
Après un long travail à cette allure, le sergent ordonna un changement de main.
Vous prendrez le galop dès que vous serez sur la piste. Et je ne veux pas en voir un galoper à faux ! prévint-il. Placez vos aides. La jambe intérieure à la sangle. Bien. Stellya, fixe-moi ce mollet !
Même si Stellya était heureuse de passer du temps avec sa dylfane, les remarques incessantes de son professeur rendaient ce moment beaucoup moins agréable... Après un peu plus d’un chiffre de travail, le sergent ordonna aux cavaliers de s’arrêter en ligne au milieu du manège et il passa donner des conseils à chacun.
Tu devrais raccourcir un peu tes étriers Stellya, ça t’aiderait à reculer tes jambes. Quand elles seront dans la bonne position, tu auras moins de mal à les fixer, recommanda-t-il. Il y a beaucoup de travail également au niveau de tes mains et de ton assiette. Ta jument semble un peu spéciale mais avec un cheval ordinaire, tu ne tiendrais pas un mi-chiffre, ajouta-t-il avant de passer au suivant.
Contrariée, Stellya pensa amèrement qu'elle ne comptait pas monter un autre cheval que le sien qui n'en était même pas un de toute façon...
Athyphia dessellée et bouchonnée, Stellya se rendit compte qu’il était presque temps d’aller manger. Elle rejoignit Cock et Kerlin affalés un peu plus loin et s’assit à leur côté.
Crevant, hein ! nota le grand brun.
Et dire que ça va être comme ça tous les jours ! s’exclama Stellya en soupirant.

2 commentaires:

  1. Cette découverte de la vie au camp est passionnante : Stellya est bien intégrée mais elle semble soudain moins surprenante, dans cette "normalité" ! en tout cas, cette vie paisible, même fort épuisante, ne va pas durer, je le crains ! athyphia ferait bien de profiter de son picotin !!!

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  2. Je me sens épuisée rien qu'à la lecture de cet entraînement particulièrement difficile. Stellya n'en paraît pas mécontente. J'imagine que d'autres épreuves l'attendent au prochain chapitre, après un repos bien mérité, cependant.
    En tout cas, je suis heureuse de vous lire à nouveau.
    Anne

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