dimanche 21 août 2011

Chapitre 51.3, Stellya - Chapitre 52, L'Insoumis - Chapitre 53, Flamme


Après un mois de juillet mouvementé et quelques jours de vacances (voir mon blog de voyages pour les curieux, j'ai déjà mis quelques articles en ligne : Road-Trip sans sabot), me voici de retour sur la toile !
Je vous propose aujourd'hui un chapitre un peu sombre...



***


Depuis quinze jours maintenant, Stellya s'entraînait parmi l’armée de Frest Sybar. Ce début s'était révélé très difficile mais, grâce à Athyphia et aussi à ses nouveaux amis, elle était parvenue à surmonter l’épreuve. La routine s'installait.
Les dernières chaleurs avaient laissé place à un froid pénétrant qui brûlait les poumons à chaque entraînement. Le ciel se chargeait peu à peu de nuages emplis d'une électricité orageuse et le sol de l'arène devenait lourd sous les pas, détrempé par les averses de plus en plus fréquentes.
La nuit était tombée depuis un long moment déjà. Les ronflements de ses compagnons de chambrée résonnaient dans le grand baraquement. Dehors un vent impitoyable soufflait, semblant menacer d’emporter à tout moment le toit du bâtiment. Stellya se pelotonna sous sa mince couverture. Son corps était glacé jusqu'aux os, comme par le passé... Son enfance passée dans sa cellule en Vimula lui revenait. Les images et les sensations tournaient inexorablement dans son esprit, chassant le sommeil tant attendu. Elle se releva et s’assit au bord du lit en se frottant les yeux.
Tu n’arrives pas à dormir ? chuchota une toute petite voix.
Elle releva la tête. Il s’agissait de Cock. Il était vraiment étrange qu’il ne dorme pas encore car il passait pour le plus indolent du campement.
Stellya secoua la tête.
J’ai trop froid.
Viens avec moi, proposa-t-il, je n’arrive pas non plus à m’endormir.
Il souleva sa couverture en signe d’invitation et Stellya eut un léger mouvement de recul. De nouveaux souvenirs de son passé en Vimula se bousculèrent dans sa tête. Un sentiment d'insécurité enfla, elle aurait souhaité fuir. Il lui fallut beaucoup de volonté pour empêcher ses jambes d'entamer leur course. C’était un homme et même si elle avait appris à ne plus craindre leur présence, elle savait combien ils pouvaient se révéler dangereux et violents.
Ne t’inquiète pas, je ne te toucherai pas, ajouta-t-il en sentant son malaise. A moins que tu ne te transformes subitement en garçon. Encore que, je ne sais pas si je me risquerais à tromper Kerlin. Il est terrible quand il est en colère…
Un peu rassurée par cet aveu amusé, Stellya prit son oreiller, sa couverture et se glissa sous celle de Cock. Très vite, toutes ses craintes disparurent et elle se pelotonna contre ce corps si chaud. Le jeune homme l’entoura de ses bras et commença à caresser ses longs cheveux noirs.
Tu me fais penser à ma petite sœur, murmura-t-il. Elle aussi avait des cheveux doux comme les tiens. Quand le vent du nord hurlait dehors, nous nous serrions l’un contre l’autre, attendant que le jour en se levant efface nos angoisses.
Où est-elle ? demanda Stellya.
Il marqua une courte pause et elle sentit un frisson le parcourir.
Elle a rejoint mon père et ma mère auprès des Dieux.
Est-ce que tout le monde est sans famille dans cette armée ?
La guerre est assassine, répondit-il. L'homme empli de haine ne sait partager que la mort.
La haine, la guerre, elles sont partout en ce monde. L’une engendre l’autre qui permet à l’autre de poursuivre son œuvre. C’est un cercle vicieux qui ne se rompra sans doute jamais. Même les Dieux ne peuvent rien contre ça...
Sans doute. La seule arme contre ces fléaux, c’est peut-être l’amour.
Peut-être, murmura Stellya en fermant les yeux. Peut-être...
L'espace d'un instant, elle imagina Felty blotti contre elle à la place de Cock et ne put retenir ses larmes... L'amour, la haine... Toujours.


Stellya s'éveilla peu avant l’appel du sergent et profita du sommeil de ses compagnons pour rejoindre discrètement son lit. Cock avait gardé la main posée sur ses cheveux. Elle la souleva délicatement et tira un peu plus la couverture sur son corps endormi.
Le temps qu’elle se recouche, elle entendit son supérieur qui se levait péniblement. Il se moucha d’abord bruyamment puis lança son cri. Elle se leva pour de bon et sortit une tunique propre de sa petite étagère. Son corps était encore courbaturé par l’entraînement de la veille mais il commençait à s'habituer à ce nouveau rythme intense.
C'était parti pour une nouvelle journée !


Chapitre 52
L'Insoumis


La sombre cellule n’était éclairée que par une minuscule bougie dont la flamme haute vacillait dans les courants d’airs. Une odeur de putréfaction s’élevait de la paille humide répandue sur la pierre glacée.
Pieds et poings liés, recroquevillé sur le sol, un homme attendait. Les yeux fermés, il se concentrait. Il allait devoir être fort, très fort. La veille, le garde l’avait prévenu : “Quelle chance tu as mon pôv’ gars, le seigneur Tarantalerien, régent de la ville de Calv – rien que ça mon gars ! – a demandé au roi le privilège de te soumettre à la question ! Et on dit qu’il est un as dans ce domaine ! On te gâte, vraiment !”
Il s'obligea à ne plus penser à rien, à faire le vide en lui... mais chaque fois, il s’imaginait hurlant tandis que le seigneur de Calv brûlerait son corps à petit feu.
La grille de sa cellule grinça et deux mains gigantesques le soulevèrent du sol.
C’est le grand jour mon p’tit gars !
Il fut longuement traîné au cœur d'un labyrinthe d'étroits couloirs aux murs suintants avant que le garde ne le lâche.
Déjà.
La pièce au plafond haut était illuminée par des centaines de cierges jetant leur lueur malsaine sur les engins de torture. Les pointes et les tranchants brillaient, dardant sur lui la promesse d'un jeu macabre...
Le prisonnier se sentit défaillir.
Tu aimes la déco ? ironisa un homme à la voix de basse. Oh, mais où ai-je la tête ? Je ne me suis même pas présenté ! Je manque à tous mes devoirs. Tarantalerien, seigneur de la ville de Calv, pour te servir.
« Bien, bien... Si nous commencions ? ajouta-t-il en soufflant presque avec tendresse sur des braises incandescentes.
« Tu aimes le feu ? demanda-t-il en s'emparant d'une manique. C’est beau, n’est-ce pas. Ces flammes orange qui dansent lascivement. Et toi ? Tu aimes danser ? interrogea-t-il en plantant un tisonnier chauffé à blanc dans le rein du prisonnier.
L'odeur de la peau calcinée emplit l'atmosphère. Le jeune homme serra les dents pour ne pas hurler mais un gémissement lui échappa. La brûlure cessa tandis que le noble, du bout du pied, faisait rouler son corps sur le dos.
Attends, je n’ai pas bien entendu. Aimes-tu ?
Il planta le fer sur le ventre de l’homme. Le métal rougi crépita sur la chair tendre et perlée de sueur froide. Une fois, deux fois, trois fois... Un cri naquit au creux de sa gorge pour enfler dans sa bouche. Se taire, autoriser les gémissements mais interdire à tout mot la barrière de ses lèvres...
Le pique-feu vint caresser son cou puis ses joues, s'approchant de ses yeux épouvantés.
Alors, vas-tu me dire ce que je veux mon garçon ?
Il secoua la tête malgré la souffrance du fer posé sur son aine maintenant. Même s’il répondait aux questions, le seigneur poursuivrait sa torture. Par jeu, par plaisir. Ce secret méritait d'être gardé, pour toutes les femmes prisonnières, pour tous les hommes esclaves des pensées du Rebelle...
Les brûlures n'amusaient plus, il fallait des pinces désormais pour entretenir la jouissance perverse du seigneur. Tirer sur chaque ongle, lentement. Sentir la résistance de la pulpe céder peu à peu puis brusquement... Réveiller d'une claque ou d'un seau d'eau glacé avant de poursuivre.
Vinrent ensuite les étaux. Broyer une à une les articulations. Prendre les orteils pour commencer. Continuer par une cheville, puis l'autre avant de s'intéresser aux genoux. Remonter doucement sans cesser de questionner.
Où se situe l'emplacement de votre base ? Quelles seront vos prochaines actions ? Qui est votre chef ? Que faites-vous des femelles raflées ? Comment opérez-vous ?
Le supplicié ne savait plus penser. Son être entier n'était que déchirement. Bientôt, il parlerait. Non par trahison mais parce qu'il ne maîtrisait plus rien. La douleur seule dominait.
Le régent de Calv donna l’ordre de l’asseoir. La chaise plantée de multiples clous effilés trônait, auréolée d'or sous les candélabres. Il était las. Même la peur avait déserté son esprit violé. Les pointes transpercèrent ses cuisses, ses fesses, son dos... ; un peu plus encore lorsqu'ils le lièrent étroitement aux accoudoirs et l’obligèrent à relever la tête. Pas une once de son corps n'échappait à la souffrance...
Tu aimes les femmes avorton. N’est-ce pas ! Tu voudrais toutes les voir heureuses ! Je vais t'apprendre à les combler...
Tarantalerien accueillit théâtralement une toute jeune adolescente blonde qui entrait dans la pièce en ouvrant de grands yeux effrayés.
Tu vois comme elle est belle, délicate, fragile, fit-il en caressant sa joue rose du dos de la main. Et tellement vulnérable... Une seule de mes paroles..., elle est sous mon contrôle. Elle exécute le moindre de mes ordres, sans rechigner. Quel plaisir, n'est-ce pas !
« Prends ce couteau ma jolie, prends-le, sollicita-t-il d’une voix doucereuse.
Bien que tremblante, la jeune fille – contrainte par le sort du Rebelle – saisit la lame.
Bien ma petite. Pose ta main libre sur la table. Voilà, très bien. Regarde-moi ces doigts si disgracieux et superflus pour une femelle ! Coupe-donc ce pouce, ma chérie.
Le poing délicat se serra autour du manche et des pleurs coulèrent le long de son doux visage.
Coupe-le ! insista le gérant de Calv.
Elle ferma les yeux et lutta de toute son âme mais le maléfice était plus fort et la lame s’abattit d’un coup sec, entamant la chair et faisant craquer l'os. Elle dût appuyer encore un peu puis le doigt roula et tomba sur le sol dans un bruit mat. Les larmes redoublèrent mais aucun son ne sortit de ses lèvres ensorcelées.
C’est bien ma belle. Persévère. Un à un... Doucement ! C’est tellement meilleur...
Arrêtez ! supplia le prisonnier dans un souffle, la voix éraillée par tant de cris. Vous ne pouvez profiter ainsi... Vous n’êtes qu’un être immonde !
Déjà ? Tu me demandes déjà d’arrêter ? Je commençais tout juste à m’amuser ! rétorqua plaintivement le régent.
Il brandit un poignard qu’il planta dans la cuisse du prisonnier hurlant.
Alors, où est votre base ? insista-t-il en détachant chaque mot.
L’homme ferma les yeux et prit une grande inspiration avant d’ouvrir la bouche. Mais rien n’en sortit. Sa tête bascula subitement sur le côté.
Que se passe-t-il ? glapit Taran en giflant l’homme de toutes ses forces.
Un garde s’approcha et posa deux doigts dans le cou de l'Insoumis.
Il... il est mort, bégaya-t-il, je ne comprends pas.
Mort ! aboya-t-il. Mort ?
Il se jeta sur la femme sans cesser de hurler.
Il faut que quelqu’un paye ! Quelqu’un !
Il planta son couteau, encore, encore et encore jusqu’à ce qu’une main arrête son bras.
C’est fini, elle est morte.
Morte, répéta-t-il comme un automate.
Il se releva sans quitter du regard le corps désarticulé de la jeune femme.
Morte...


Chapitre 53
Flamme


La petite fée était arrivée juste au bond moment. Elle n’avait encore jamais fait ça mais pour lui, elle se savait capable de tout. De plus il s’agirait d’une délivrance et non d’une punition pour cet homme-là. Il était déjà dans un état lamentable et il ne fallut pas bien longtemps pour que la poudre fasse son effet. Elle l’avait à peine déposée contre ses narines que déjà, le cœur du supplicié s’arrêtait à jamais de battre.
Pour la femme, elle n’eut pas le temps d'intervenir. Le gérant l'avait déjà massacrée quand Flamme se posa sur son front.
Son travail achevé, elle quitta l’atmosphère répugnante de la salle de torture pour rejoindre la paix de son Marais. Elle s’y baigna longuement avant de se coucher sur sa feuille, comme pour laver son âme de tous ces souvenirs monstrueux.
Si la reine apprenait, elle était perdue mais peu lui importait désormais...


6 commentaires:

  1. Dur dur, aujourd'hui, Astheval, en dépit de la petite fée qui apporte sa touche de tendresse et d'humanité en fin de chapitre...
    Très belle soirée, bises.
    Norma

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  2. Tu sais que j'ai découvert ce texte avec effroi... Ces scènes sont vraiment très dures et j'espère retrouver vite un peu de douceur dans tes nouvelles pages... Comme le dit Norma, heureusement que l'image de la petite fée est là pour nous apaiser en fin de chapitre. Baisers à toi ma chérie.

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  3. Il s'agit d'un roman. Ouf!
    Anne

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  4. Ah oui, Oxy et Norma ont raison tu nous sauves du désespoir avec Flamme mais quel univers nauséeux et trop réaliste !! Mais alors, qui est ce malheureux torturé ?? j'ai besoin d'aide ! Par contre l'épisode précédent, Stellya qui se réchauffe dans les bras de ce compagnon, est doux et assez plein d'espoir.

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  5. Merci pour vos commentaires et désolée pour ce passage assez violent...
    Michelaise, c'est vrai que j'ai trop tardé dernièrement et que c'est du coup encore plus difficile de garder en mémoire tous les détails. Ce malheureux torturé est un Insoumis capturé lors d'une expédition à la shalga de Kast voir à la fin du chapitre 49 et chapitre 50. (http://astheval.blogspot.com/2011/04/chapitre-482-harmonie-chapitre-49.html)

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  6. Oh, dis moi, tes descriptions des tortures sont... atroce et terriblement réalistes... Heureusement que tu resitue le contexte parce que moi non plus je ne me souvenais plus d'où venait ce bonhomme !
    Enfin, moi aussi j'ai tardé, mais je rattrape mon retard !!
    Bises

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