Flamme
s'éveilla peu après avec en elle une sensation d'intense faiblesse.
Un frisson la parcourut. Comment avait-elle pu accepter de
renier ainsi sa nature ? Il devait s’agir d’un cauchemar, un
simple cauchemar. Elle s’éveillerait bientôt, blottie au creux de
sa fleur et pourrait rire d’avoir imaginé un tel scénario. Une
larme coula le long de son beau visage lisse. Juste un rêve...
— Pourquoi
pleurez-vous ? demanda une voix lointaine.
Elle
s'essuya les joues, semblant revenir à elle. Un homme la
contemplait. Il la tenait délicatement dans sa main, n’osant trop
bouger de peur de l’effrayer. Ses grands yeux bleus brillaient, son
menton, couvert de sang tremblait légèrement.
Il
porta sa main libre à sa gorge et laissa glisser un doigt le long de
la cicatrice qui traversait son cou.
— Je
ne comprends rien, fit-il en secouant la tête.
— Il
n’y a rien à comprendre, murmura-t-elle. La blessure est partie et
moi, je suis là, c’est comme ça.
Il
la souleva un peu pour la mettre au niveau de ses yeux.
— Comment
vous appelez-vous ?
— On
me nommait Flamme chez moi, répondit-elle d’un ton triste.
— Vous
êtes la “fée de l’amour” ! Je reconnais maintenant le
timbre de votre voix.
— Je
ne suis plus cette fée non, je ne suis plus rien désormais...
Valt
repoussa une mèche blanche qui tombait devant ses minuscules yeux
noirs.
— Vous
êtes magnifique, dit-il simplement, mais ces paroles résonnèrent
dans le cœur de Flamme. Elle releva la tête, décidée à accepter
ce nouvel avenir qui s’offrait à elle.
— Je
désire passer ma vie auprès de vous, dit-elle, acceptez-vous ?
— Rien
ne saurait me faire plus plaisir, murmura-t-il.
Alors
qu’il prononçait ces paroles, Flamme sentit s’alléger le
terrible poids qui l'oppressait. Elle détourna les yeux et rencontra
le regard de Harmonie. Par tous les Dieux ! Comment avait-elle
pu les abandonner elle et Nyel ? Égoïste, elle n'avait pas un
seul souffle songé au couple dont elle avait la charge ! Elle
aurait voulu lui demander pardon mais jamais la petite femme ne
l’entendrait, seul Valt avait ce pouvoir...
Le
cœur lourd, tiraillée entre différents sentiments, la petite fée
prit son envol tandis que le prince se levait péniblement.
— Par
tous les Dieux ! Valt ! J’ai bien cru que tu étais
perdu ! Mais que s’est il passé ? Je ne comprends pas...
J’ai passé au fil de l’épée l’homme qui te tenait mais j’ai
pourtant bien cru qu’il t’avait tué avant ! De qui
s’agit-il ?
Harmonie
retourna le cadavre du bout du pied et découvrit le visage crispé
de Tutele.
— NON !
cria-t-elle comme ses yeux se remplissaient de larmes. Comment est-ce
possible ?
Valt
ravala sa tristesse et prit Harmonie dans ses bras.
— Nul
ne pouvait se douter, murmura-t-il. Je suis le premier surpris. Mais
Tutele était un traître... sa voix se brisa. Il ferma les yeux et
serra le corps de la jeune femme de toute la force de son désespoir.
Elle se dégagea et se tourna vers Nyel. Il n’avait pas bougé d’un
pouce et demeurait les yeux écarquillés sur le corps du félon.
Passait encore que le frère de Valt ait fomenté un attentat contre
le prince mais il ne pouvait croire que Tutele en soit complice. Valt
mit un terme aux pensées du jeune maréchal-ferrant et lui demanda
d’appeler la garde.
— Et
qu’ils débarrassent ma chambre de ces cadavres !
Dès
qu’il fut enfin seul, Valt s’écroula sur son lit et laissa libre
cours à sa peine.
— Il
faut vous relever mon prince, il serait indigne de votre part de
laisser votre pays sombrer dans le désordre juste parce que
quelqu’un a attenté à votre vie.
—
Premièrement petite fée, ce
quelqu’un était mon meilleur ami – ou du moins le pensais-je –
deuxièmement, je n’ai pas l’intention d’abandonner mon pays.
Bien au contraire, je le libérerai du Rebelle dès que je le pourrai
et ce sera ma vengeance.
Il
serra le poing, tentant de maîtriser sa colère.
— Les
Dieux sont cruels parfois.
— Ils
sont à l’image de l’homme.
Chapitre
60
Valt
Il
avait passé une nuit blanche et ses yeux étaient entourés de
grands cernes. Il avait revêtu la tenue traditionnelle des
prétendants au titre de roi. Il s’agissait d’une simple tunique
blanche qui – s’il parvenait à franchir les épreuves de la
bagestia
– deviendrait rouge à la fin de la journée. Alors seulement, il
serait déclaré roi de son pays.
Il
s’avança lentement vers le temple. Passer ces épreuves le
répugnait. Il devrait agir comme un fanatique du Rebelle mais
c’était la seule solution pour parvenir au trône sans déclencher
une guerre civile.
L’allée
de marbre rouge était bordée de prêtres au crâne rasé. Plus
loin, de chaque côté du grand escalier écarlate, se tenaient
quelques chamans venus des villes et villages de Vimula. Quand il
pénétra dans le temple, la franche lumière du Solénon laissa
place à une lueur sanglante. Pourtant, la magie opérait et sa
tunique demeurait d’un blanc éclatant.
Il
passa, pendant cette journée, dans des dizaines de salles. Il dut
dans chacune d’elles prouver son dévouement au Rebelle. Dans une
petite pièce circulaire, il dut s’entailler le bras afin de
montrer qu’il pouvait donner sa vie à son Dieu, dans une autre,
c’est celui d’une fillette qui coula. Muni de la seule force de
ses ongles et de ses dents, il dut trancher sa carotide. Ainsi, il
montrait que comme le Rebelle, le sort des femmes lui importait peu.
Ce fut pour lui l’épreuve la plus difficile à réaliser. Il avait
d’abord bloqué la fillette sur l’autel prévu à cet effet et
avait murmuré à son oreille :
— J’ai
honte de devoir vous tuer ainsi, mais c’est la seule solution que
j’ai pour atteindre le trône. Votre sacrifice permettra de sauver
toutes les femmes de Vimula, aujourd’hui tenues prisonnières par
des fanatiques. Je vous le promets.
Elle
l’avait compris, et dans un mouvement de courage ou de résignation,
elle avait rejeté la tête en arrière, lui offrant son cou dans
lequel il avait planté ses dents.
En
sortant du temple, sa tunique était bien rouge mais il n’y avait
aucun miracle en cela. Il portait sur lui le sang des innocents.
Harassé,
il s’était agenouillé devant le Grand Chaman pour recevoir la
couronne de Vimula. Déjà elle lui semblait lourde à porter. Il se
leva et se dirigea à pas lents vers son palais. Il faudrait
maintenant parler à son peuple. Se faire accepter de lui. Après,
seulement, viendrait le temps de détruire le Rebelle.
Il
était très bon orateur et son discours fut salué par l’ovation
de la foule. Il avait omis de parler du Rebelle et s’était
contenté d’entraîner son peuple à aimer son nouveau roi.
Ensuite, il pourrait détruire enfin cette fausse religion et
rétablir celle des anciens Dieux.
Le
banquet suivant le couronnement fut mémorable, on dansa toute la
nuit durant. Valt se sentait las et désemparé mais il fit bonne
figure en restant jusqu’à la fin de la fête. Il n’eut pas le
temps de dormir mais quitta tout de même la cour le temps de se
détendre dans un bon bain chaud. A peine sorti de sa chambre, un
valet lui apprit que le Conseil du Renouveau allait commencer et il
dut se diriger vers la salle de réunion.
En
entrant, conseillers et ministres se turent et le regardèrent monter
les quelques marches menant au trône. Quand il s’y assit, une
fatigue intense s’empara de son esprit. Comment allait-il s’y
prendre pour réussir sa mission ? Il ferma les yeux un instant
et pria pour que les Dieux lui viennent en aide.
Fin
de la première partie
L'héritage
des Dieux

Quelle cérémonie sinistre! On a hâte que tout cela change. Valt en sera-t-il capable? Pourra-t-il seul se heurter à l'ancien pouvoir qui doit encore avoir, dans l'ombre, de puissantes ramifications, et le vaincre? Et surtout, sera-t-il lui-même un meilleur souverain? Il ne suffit pas toujours d'avoir de bonnes intentions pour réussir. Vivement la suite!
RépondreSupprimerAnne
"- Les Dieux sont cruels parfois.
RépondreSupprimer- Ils sont à l’image de l’homme."
J'adore !
C'est vrai Astheval, que le sacrifice de cette fillette, consentie avec une certaine lassitude, mais consentie tout de même nous laisse un peu
RépondreSupprimertristees. Vivement la deuxième partie !! Une nouvelle ère sans doute ! Encore que, tu connaissant, les péripéties seront nombreuses.
Dans cet océane de tristesse, la trahison du meilleur ami, la sinistre cérémonie d'investiture, il émerge une phrase que j'ai adorée : "Elle releva la tête, décidée à
accepter ce nouvel avenir qui s’offrait à elle"
C'est ainsi que la suite va être, forcément, passionnante !
PS mon dernier commentaire, envoyé au moins 6 fois, est resté en souffrance, ça marche quand ça veut ! espérons que celui-là partira !Michelaise
J'avais déjà lu cet épisode et pourtant mes yeux se sont embués en lisant le récit du sacrifice de la jeune fille. Comme tout cela est dur et lourd de cruauté... Vivement que le ciel s'éclaircisse au-dessus de nos héros.
RépondreSupprimerQuant à la petite Flamme, j'ai beaucoup d'affection pour elle et je rêve que son sacrifice ne soit pas vain et qu'un jour elle puisse vivre vraiment, en tant que femme l'amour qui l'unit à Valt...
A bientôt pour la suite. Gros bisous à toi ma chérie :-)
C'est assez terrible, je dois dire, cette accession au trône ! Le sacrifice est consenti,certes, mais il fait frissonner quand même. Pfff, Astheval, tu me chamboules !
RépondreSupprimerHeureusement que Flamme surmonte son accès de faiblesse : j'espère que sa nouvelle vie sera belle !
Je trouve que c'est parfait, pour finir la première partie : un premier pas de fait, mais tant encore derrière. Combien de parties y-a-t-il encore ?
Bises
Astheval, j'espère que cette interruption dans le roman n'est que momentanée, et que nos aurons bientôt la joie de vous retrouver sur le web. Passez un joyeux Noël!
RépondreSupprimerAnne
Merci beaucoup pour ce message Anne. L'interruption est en effet momentanée. Je suis très prise en ce moment tant sur le plan professionnel que personnel mais c'est promis, je reviendrai (je l'espère très bientôt !).
RépondreSupprimerJe vous souhaite de passer de belles fêtes de fin d'année !
Joyeux Noël, Astheval, et à bientôt!
RépondreSupprimerAnne
Bonne et heureuse année, Astheval!
RépondreSupprimerAnne
Bonsoir, Astheval, j'espère que tout va bien et que vous organisez d'agréables projets pour vous-mêmes et ceux qui vous sont chers. En attendant de vous lire à nouveau, je vous souhaite une belle soirée.
RépondreSupprimerAnne
Merci beaucoup pour vos voeux Anne !
RépondreSupprimerA mon tour et très en retard, je vous souhaite une belle année 2012.
Cela s'organise un peu à la maison : chauffage en place depuis une semaine ! Il était temps !
Bonne soirée à vous aussi.
Astheval.
Bonsoir, Astheval! Un petit "tag" pour vous, si vous le souhaitez, sur mon blog en date du 23 février...A bientôt!
RépondreSupprimerAnne